samedi 9 juillet 2011

Le rôle de la France dans l'expulsion de Hissène Habré

On peut émettre plusieurs hypothèses sur la décision de Maître Abdoulaye Wade, président sénégalais d’expulser l’ancien président tchadien Hissène Habré vers son pays. D’abord, la main de la France derrière cette expulsion. Il y a quelques semaines, Abdoulye Wade a rompu avec ses pairs de l’Union Africaine qui prônaient le dialogue comme solution du problème libyen en se faisant escorter par des mirages français jusqu’à Benghazi, Q.G des rebelles qui combattent le guide de la révolution, Muammar Kadhafi. Ce déplacement de Wade est jugé trop insolent et injurieux par d’autres chefs d’Etat, mais apprécié par les autorités françaises, surtout le président Nicolas Sarkozy qu’on peut qualifier de parrain des rebelles du CNT. Du coup, la France et le Sénégal accusent le Tchad de soutenir Kadhafi. Il fallait donc faire payer à Idriss Déby Itno son audace, en lui envoyant deux signaux forts : D’abord, lui annoncer le retrait de la force française de « l’opération épervier » qui l’a toujours soutenu et sans laquelle il ‘’n’est rien’’. Ensuite, il faut l’acculer, lui signifier 24h après cette annonce déjà très troublante, l’arrivée chez lui d’un visiteur indésirable : son ennemi juré, Hissène Habré. Ce dernier coule des jours heureux, depuis sa chute le 1er décembre 1990, à Dakar au Sénégal. Pourquoi maintenant et pas avant ? Pourquoi, attendre 10 ans après les poursuites contre M. Habré pour enfin décider de l’expulser ? Il y a certainement anguilles sous roche.
La deuxième hypothèse, c’est que le président Déby pourrait décider de se moquer des Tchadiens en faisant croire à tout le monde qu’il peut juger M. Habré. Déjà, M. Abdéramane Djasnabaille, ministre des droits de l’homme et l’avocat de l’Etat tchadien, Me Jean-Bernard Padaré clament haut et fort que la justice tchadienne peut valablement juger H.H. Mais, il est sérieusement permis de douter pour plusieurs raisons :
- Il n’y a aucun lieu de sécurité pour garder M. Habré s’il est extradé au Tchad
- Et même s’il existe une forteresse, l’ethnie de Habré (les Goranes) pourraient être tentée d’engager des actions violentes pour le libérer, depuis l’annonce vendredi 08 juillet 2011 de son arrivée au Tchad, certains rêvent même du retour aux affaires de l’ancien maître du Tchad. c’est une situation extrêmement dangereuse qu’il faut savoir gérer.
- Le président Déby avait collaboré avec H.H avant d’entrer en disgrâce avec lui. Aussi, certains hauts dignitaires du régime Habré qui ont sévi pendant les années glorieuses de la Direction de la Documentation et de la Sécurité (DDS), la police politique de M. Habré sont encore actifs, je veux dire en fonction surtout dans les renseignements et la sécurité. Sachant que l’affaire Habré pourrait les éclabousser, M. Habré pourrait être empoisonné et tué en prison afin d’étouffer toute poursuite contre lui, et par ricochet contre ses complices et acolytes.
- Le dernier élément de la réflexion, c’est que le président Déby peut jouer au champion de la paix retrouvée, de l’unité et de la réconciliation nationale en faisant semblant d’arrêter dans un premier temps Habré, ensuite le gracier. Ce cas serait l’insulte la plus grave envers les victimes de Habré qui attendent depuis le déclenchement de la procédure contre HH que justice et réparation soient faites. Il est fort à parier que la justice tchadienne est incompétente pour juger Habré, car c’est une justice aux ordres, un autre régime pourrait juger HH, mais pas le régime actuel à cause de ses implications dans les tortures, massacres et assassinats perpétrés sous le règne de Habré. ‘’l’Arche de Zoé’’ est un exemple palpable de l’incompétence de la justice tchadienne de trancher un tel problème à connotation hautement politique. Nicolas Sarkozy était venu obliger les magistrats à bosser même les dimanche afin de libérer très rapidement les membres de l’Arche de Zoé emprisonnés dans le pays des nègres.
Les jours à venir s’annoncent mauvais et très dangereux pour le peuple tchadien. La paix sera menacée, la cohésion sociale aussi et un bouleversement total de l’ordre établi n’est pas à exclure. D.F